Enquête militante

Strike - Recueil d'articles


Enquête ouvrière et composition de classe

Le collectif Notes From Below pratique l'enquête au Royaume-Uni. Dans ce texte, iels présentent les bases de leur méthode .

1. Pourquoi l’enquête ouvrière (worker's inquiry) ?

L’enquête ouvrière est une approche qui combine la production de connaissances et l'organisation. Elle cherche à créer des connaissances utiles sur le travail, l'exploitation, les relations de classe et le capitalisme du point de vue des travailleur.se.s eux-mêmes. Il existe deux formes d'enquête ouvrière. La première est une enquête « d'en haut », impliquant l'utilisation de méthodes de recherche traditionnelles pour avoir accès au milieu de travail. La seconde est l'enquête « d'en bas », une méthode qui implique la « co-recherche », dans laquelle les travailleurs sont eux-mêmes impliqués dans la production de la connaissance. Si les conditions sont réunies, l'enquête « d'en bas » est clairement favorable. Les connaissances issues de l'une ou l'autre de ces formes d'enquête sont utiles pour comprendre le capitalisme, mais aussi pour s'organiser contre lui.

C'est pourquoi Notes from Below présente les voix et les expériences des travailleurs dans leur lutte contre l'exploitation capitaliste. Nous voulons ancrer notre politique dans la perspective de la classe ouvrière (working class), aider à faire circuler et à développer les luttes, et renforcer la confiance des travailleur.es.s. pour agir par eux-mêmes et pour eux-mêmes.

Il y a deux raisons pour lesquelles nous nous concentrons sur le travail. Tout d'abord, c'est un élément central de la perspective de la classe ouvrière. Du point de vue d'un travailleur individuel, il est difficile de voir comment son propre travail reproduit chaque jour le capitalisme. Mais les travailleur.se.s savent intuitivement que si la classe ouvrière cessait de travailler, tout s'arrêterait. Collectivement, les travailleur.se.s remplissent des fonctions vitales à différents points de production et de circulation. Grâce à cette position, la classe ouvrière peut développer un point de vue unique. Cette perspective montre l'expérience directe de l'exploitation capitaliste, tout en montrant les types de lutte qui peuvent la détruire. Une révolution réussie doit commencer par en bas.

Deuxièmement, le capitalisme est totalement dépendant du travail. Sans travail, il n'y a pas de nouvelle valeur produite, ni de mode de production capitaliste. La relation entre les classes exprimées au travail est fondamentale pour comprendre la société. Mais pour comprendre le capitalisme, il ne suffit pas de comprendre les relations de classe. Le travail est la seule relation dans laquelle les travailleur.se.s produisent de la plus-value, mais ce n'est pas la seule dans laquelle les personnes subissent l'oppression. Nous devons analyser tous les aspects de la vie de la classe ouvrière. Cependant, nous pensons qu'abandonner le travail comme premier lieu de lutte est une erreur. En conséquence, nous proposons une correction : un retour à la résistance, à l'analyse et à l'organisation au travail. Cette proposition n'est pas en contradiction avec d'autres projets, mais elle est renouvelée et revigorée par de nouvelles expériences. L'enquête ouvrière est la méthode qui peut commencer à opérer cette proposition dans la pratique. Elle part de l'expérience réelle de l'exploitation capitaliste.

2. Pourquoi la composition de classe ?

L'exploitation capitaliste n'est pas une idée abstraite ; elle prend toujours des formes matérielles particulières. Par la lutte des classes, le capitalisme se transforme lui-même. Cela crée de nouvelles technologies et de nouveaux processus de travail. Elle implique la circulation des personnes et des capitaux vers de nouvelles parties du monde et le développement de nouvelles industries. Le terrain de la lutte de classe change, tout comme la classe ouvrière elle-même. Nous devons analyser ce terrain, pour savoir où le capital est faible et où les travailleur.se.s sont fort.e.s. Où sont nos forces ? Comment attaquer ? La seule façon de le savoir, c'est à l'intérieur de la lutte des classes elle-même. Par conséquent, l'enquête ouvrière ne dévoile pas seulement les formes changeantes du travail, mais aussi les formes changeantes de la lutte.

Les opéraïstes avaient une formulation pour cet aspect changeant du travail et de la lutte : la « composition de classe ». Ils ont divisé la composition de la classe en deux. La première est la « composition technique ». C'est l'organisation matérielle spécifique de la force de travail en une classe ouvrière à travers les relations sociales du travail. Elle est façonnée par des facteurs comme l'utilisation de la technologie, les techniques de gestion et la conception générale du processus de travail. La seconde est la « composition politique », qui est issue de la composition technique. C'est l'auto-organisation de la classe ouvrière en une force de lutte de classe. Cela inclut des facteurs comme les tactiques employées par la résistance ouvrière, les formes d'organisation ouvrière et l'expression de la lutte de classe en politique. La composition technique sert de base à la composition politique, bien que le passage de l'un à l'autre ne soit ni mécanique ni prévisible. Au contraire, c'est un développement interne et une croissance politique qui mènent à un bond en avant. Bond qui définit en fin de compte le point de vue politique de la classe ouvrière.

La composition de classe classique

La composition des classes fournit un cadre pour l'analyse des résultats de l'enquête ouvrière. Grâce à elle, nous pouvons examiner le contenu du travail et le relier à la résistance. Il s'agit de se concentrer sur le processus de travail et ce que Marx appelait « l’antre secret de la production ». Marx parle ici du lieu de travail. La plupart du temps, nous ne pouvons pas voir ce qui se passe derrière ces portes closes. L'enquête ouvrière fournit un moyen d'entrer dans cet « antre secret », derrière lequel Marx affirme : « nous verrons, non seulement comment le capital produit, mais comment le capital est produit ». Nous forcerons enfin le secret du profit. Le secret que Marx révèle dans Le Capital est que le travail produit de la plus-value sous le capitalisme. L'analyse de la composition des classes révèle un autre secret : comment les travailleurs se transforment en force politique.

Marx souligne l'importance du processus de travail et il est utile de revenir à sa définition : « Voici les éléments simples dans lesquels le procès de travail se décompose : 1° activité personnelle de l'homme, ou travail proprement dit ; 2° objet sur lequel le travail agit ; 3° moyen par lequel il agit ». A cela s'ajoutent différentes relations à la forme du salaire, au travail, aux autres travailleur.se.s, aux moyens de production et au produit. (Voir Kolinko sur ces différents éléments). A travers ces catégories, nous pouvons faire la différence entre les types de travail et la façon dont ils sont organisés. C'est la base de la composition technique.

Trop souvent, l'analyse du travail se concentre sur les détails du travail et non sur l'expérience. Cette expérience n'est pas un mystère, tous les travailleurs en font l'expérience chaque jour. Une analyse de la composition d'une classe part de la composition technique, mais n'y reste pas. Notre but n'est pas de comprendre le travail, mais d'informer la lutte contre lui. D'où la nécessité de passer à l'analyse de la composition politique.

3. Pourquoi la composition sociale ?

Nous ne voulons pas seulement appliquer à nouveau aujourd'hui les concepts de l'opéraïsme. Ce dernier fournit une inspiration importante et un ensemble puissant d'outils, mais pour les utiliser efficacement, il faut aussi les mettre à jour. Nous croyons, comme Battagia, que « la meilleure façon de défendre l’opéraïsme aujourd'hui est de le dépasser ». Une mise à jour de la composition des classes est nécessaire. Nos suggestions visent à tirer parti de ses points forts, mais aussi à le faire avancer.

En particulier, nous estimons que l'analyse précédente de la composition des classes a fondé les travailleur.se.s et leur résistance presque exclusivement sur le lieu de travail. Pourtant, les travailleur.se.s sont transformé.e.s en classe avant d'être employé.e.s par un capitaliste. Avant d'être obligé.e.s de vendre leur temps, ils et elles sont dépossédé.e.s de leurs moyens de production. Toute une série de luttes politiques au-delà du salaire est liée à cette condition. Il s'agit notamment des conditions des services sociaux fournis par l'État, des migrations et des frontières, du logement et des loyers, et d'un large éventail d'autres questions. Nous croyons que les analyses de composition technique seules peuvent produire leurs propres antres secrets au-delà du travail. Nous proposons donc une troisième dimension : la composition sociale.

Pour expliquer cela, nous devons revenir brièvement sur Marx. Marx définit le capital comme de l'argent qui rapporte plus d'argent. Ceci est exprimé dans la formule Argent-Marchandise-Argent (A-M-A), ou achat dans le but de vendre. Sous le capitalisme, cela implique une augmentation de la quantité de valeur par l'ajout de plus-value. Cet excédent est créé par l'exploitation de la force de travail au travail. Ainsi, Marx propose A-M-A’ comme formule générale du capital. C'est ainsi que Marx prépare son analyse de l'« antre secret de la production », où la composition technique de la classe ouvrière doit être découverte.

Pourtant, Marx propose aussi une autre forme de circulation des marchandises : vendre pour acheter. Ce circuit a la formule Marchandise-Argent-Marchandise (M-A-M). La classe ouvrière (qui n'a pas de marchandise à vendre mais sa propre force de travail) vend son temps pour un salaire qu'elle utilise pour acheter les marchandises dont elle a besoin et qu'elle désire pour vivre.

Acheter pour vendre

Donc, si A-M-A’ est la formule générale du capital, qu'est-ce que M-A-M ? C'est la formule générale de la reproduction de la classe ouvrière. La classe ouvrière vend sa force de travail en échange d'un salaire par le biais du travail. Ils échangent ensuite ce salaire contre les marchandises nécessaires à la reproduction de leur force de travail, autrement dit les moyens de subsistance. Ces produits de base sont transformés en main-d'œuvre – puis tout le cycle recommence.

La forme marchande est dominante dans la société capitaliste. Nous pouvons utiliser la forme de sa circulation dans cette formule générale de reproduction de la classe ouvrière pour cartographier les relations sociales des travailleur.se.s au-delà du travail. Cependant, en l'état actuel des choses, l'analyse de la composition de classe ne peut comprendre les travailleur.se.s au-delà du travail.

Lorsque les travailleur.se.s se remettent de l'expérience du travail, ils et elles sont un mystère. Ayant échappé à leur composition technique, ils et elles n'entrent en ligne de compte dans l'analyse de la composition de la classe que s'ils et elles décident d'agir politiquement, plutôt que d'acheter, manger, se détendre ou dormir. Ces activités de reproduction ne sont comprises que du point de vue de ceux qui les produisent, ou à partir du moment où le/la travailleur.se reproduit.e commence la période de travail suivante. Nous croyons qu'il est possible de mettre à jour la composition des classes pour tenir compte de la reproduction. Nous le ferons à travers le concept de composition sociale.

La composition sociale se combine avec la composition technique avant le saut dans la composition politique. La composition sociale est l'organisation matérielle spécifique des travailleur.se.s dans une société de classes à travers les relations sociales de consommation et de reproduction. Cette formule générale de reproduction de la classe ouvrière nous permet de comprendre les frontières entre les formes de composition.

Les limites de la composition technique et de la composition sociale

La composition sociale est avant tout un moyen de comprendre comment la consommation et la reproduction font partie de la base matérielle de la composition politique de classe. Elle implique des facteurs tels que l'endroit où vivent les travailleur.se.s et dans quel type de logement, la division du travail selon le sexe, les schémas de migration, le racisme, l'infrastructure communautaire, et ainsi de suite.

Le mouvement ouvrier concernait principalement les travailleurs de la production de matières premières dont la force de travail était exploitée à des fins de plus-value. La composition sociale nous permet d'étendre la logique de l'analyse de la composition de classe à l'ensemble de la classe ouvrière. Cela inclut les chômeur.se.s et les travailleur.se.s qui ne sont pas directement impliqué.e.s dans la production de la forme capitaliste de la valeur. Les travailleur.se.s productif.ve.s et les travailleur.se.s improductif.ve.s appartiennent à la même classe. Ils et elles manquent de contrôle sur les moyens de production, vendent leur force de travail pour survivre, et travaillent pour reproduire la société capitaliste. La composition de la classe est fondée sur le point de vue de la classe ouvrière sur le travail, et non sur le point de vue du capital sur la productivité.

4. Pourquoi est-ce que cela compte ?

Notre version de la composition de classe comprend le saut dans la composition politique à partir d'une base à la fois technique et sociale. La lutte de classe au travail émerge de toute la vie ouvrière. Ce cadre actualisé tient compte de ces facteurs.

La composition de classe

La composition de classe est une relation matérielle en trois parties : la première est l'organisation de la force de travail en une classe ouvrière (composition technique) ; la deuxième est l'organisation de la classe ouvrière en une société de classe (composition sociale) ; la troisième est l'auto-organisation de la classe ouvrière en une force pour la lutte de classe (composition politique).

Dans les trois parties, la composition de classe est à la fois produit et producteur de la lutte sur les relations sociales du mode de production capitaliste. La transition entre la composition technique/sociale et politique se produit comme un saut qui définit le point de vue politique de la classe ouvrière.

Nous avons l'intention de mettre à l'essai et d'affiner notre nouveau cadre pour la composition des classes dans les notes ci-dessous. Cela doit commencer, comme le soutient Marx, par une connaissance exacte et positive des conditions dans lesquelles la classe ouvrière – la classe à laquelle appartient l'avenir – travaille et se meut. Une telle connaissance fournit la seule base viable pour un développement de la lutte de classe vers des formes plus développées d'auto-organisation. Comme l'a dit Ed Emery : pas de politique sans enquête !


Des institutions statistiques pour un mouvement révolutionnaire terrestre

Le développement de la statistique publique est indissociable du gouvernement des territoires et des populations. Mais ces méthodes pourraient aussi aider à structurer les débats stratégiques entre les Soulèvements de la Terre et les organisations alliées. Cela suppose d'étudier l'histoire des statistiques depuis les mouvements sociaux, pour construire des institutions anti-autoritaires.

Répartition des zones productives de la Terre, graphique issu de l'Atlas de la société et de l'économie d'Otto Neurath

Un projet révolutionnaire naissant

Les récentes convergences entre mouvements d'action directe, luttes locales, coalitions, naturalistes, cantines de luttes et initiatives d'installation paysanne font entrevoir en France la possibilité d'un mouvement révolutionnaire ancré dans des territoires. Ce projet s'exprime assez clairement dans 2 brochures récentes de comités locaux des Soulèvements de la terre : Reprendre, démanteler, communiser1 et Appel à constituer des greniers des soulèvements.2 Voici les éléments stratégiques principaux que j'en retiens :

  • Articuler des actions de masse de blocage et de désarmement d'infrastructures nuisibles avec l'installation de ZAD et/ou de paysan·nes. Cela permet de normaliser un certain niveau de conflictualité avec l'État et les entreprises, d'altérer le modèle économique de projets nuisibles et de disposer de bases arrières pour les luttes.
  • Développer l'autonomie alimentaire des mouvements sociaux, par le biais de prises de terre au capitalisme, de réseaux de ravitaillement et de réciprocités entre paysan·nes et travailleur·ses.
  • Utiliser l'alimentation comme levier pour se rapprocher d'organisations et de personnes parfois éloignées des mouvements écologistes radicaux.
  • Construire une culture commune de l'auto-organisation par le biais de ces zones autonomes et réseaux de ravitaillement, pour préfigurer des institutions qui pourraient prendre le relais si l'État perdait le contrôle sur certains territoires.

Quelle que soit la manière dont ce mouvement s'organisera, il est probablement voué à se complexifier : agrégeant une plus grande quantité et diversité de groupes, mobilisant de plus en plus de personnes et de ressources, s'ancrant dans de plus en plus de lieux, etc. Je défends ici l'hypothèse que pour accroître ses capacités de coordination et de stratégie, ce mouvement devra développer des outils pour (auto)gérer cette complexité. Pour être plus précis, je pense qu'il pourrait être intéressant de construire un organe statistique, responsable d'agréger les informations qui intéressent le mouvement.

Dans une certaine mesure, ce travail est déjà en cours à travers ce que certain·es appellent "enquête" ou "veille". Ma proposition implique de :

  • Systématiser ce travail d'enquête : définir collectivement des procédures de mutualisation d'information réalisables et fiables.
  • Le réaliser de manière régulière, de manière à pouvoir comparer dans le temps.
  • Constituer un organe du mouvement en charge de ces statistiques (les statisticien·nes en lutte ?), de manière à y allouer suffisamment de temps, et pour développer et transmettre des savoirs spécifiques.
  • Utiliser les chiffres, les cartes, les diagrammes et les textes produits pour nourrir le débat sur les objectifs et les moyens que se donne le mouvement.

Les 3 sections qui suivent exposent des fonctions que cet organe statistique pourrait remplir, et les 3 suivantes donnent des pistes sur la manière dont il pourrait fonctionner.

Suivre et débattre de nos objectifs

J'entends souvent des camarades exprimer leur désarroi face à la difficulté de savoir si les mouvements écologistes atteignent réellement les objectifs qu'ils se fixent. Et à juste titre : les institutions statistiques étatiques produisent rarement le genre de données et de chiffres qui peuvent nous servir. Au mieux peut-on manipuler et remettre en forme certaines bases de données ouvertes.3 La plupart du temps, nous devons bricoler nous-même le nombre de fermes-usines en France, le taux de croissance de l'agrivoltaïsme, les cartes des mégabassines.4

En se dotant de capacités statistiques plus élevées, on pourrait mieux évaluer si l'on est en train de gagner sur tel ou tel objectif. On pourrait par exemple déterminer l'évolution du volume d'eau privatisé en fonction des années, celle du pourcentage de terres agricoles accaparées par l'industrie ou encore celle de la surface des routes sur le territoire.

Sur le plan tactique, on pourrait comparer des estimations du coût économique total des actions réalisées contre une grande entreprise avec les profits qu'elle tire des projets visés. Ou encore estimer sous quel seuil de rentabilité les entreprises d'un secteur donné abandonnent un aménagement.

Les résultats seraient certainement déprimants, mais ils enclencheraient peut-être des discussions stratégiques importantes : quels objectifs semblent réalisables ? Est-ce qu'on doit les considérer comme des fins ou des moyens ? Quelles dynamiques plus globales ont eu un effet sur nos objectifs, et peut-on agir dessus ?

Compter nos forces

Une autre mission qu'on pourrait attribuer à cet organe statistique, qui me semble la plus importante, c'est celle d'évaluer nos ressources. Quiconque a déjà participé à l'organisation d'une mobilisation sait l'importance et la difficulté de connaître ses propres forces, et de savoir sur quelles forces extérieures on peut compter. Ces questions peuvent également être posées à l'échelle d'un mouvement.

On pourrait ainsi tenter de répondre à un ensemble de questions sur la capacité du mouvement à subvenir à ses besoins essentiels :

  • Quels sont les lieux qui accepteraient d'accueillir des militant·es, et quelle est leur capacité ?
  • Quel nombre de lits total pourraient être prêtés dans chaque département ?
  • Quel volume de nourriture peut être mis au service de la lutte par des paysan·nes allié·es ? Sous quelles conditions ?
  • Combien de personnes seraient prêtes à aller aider ponctuellement à des travaux agricoles dans un rayon de 20km autour de chez elleux ? Où habitent-iels en majorité ?
  • Combien de véhicules pourraient être utilisés pour transporter du matériel ou de la nourriture dans chaque département ?
  • Quels lieux amis peuvent diffuser des publications et des éléments de communication ?

Répondre à ces questions permettrait de mieux comprendre la géographie du mouvement, là où le plus de ressources peuvent être mobilisées, sans nécessairement produire d'engagement formel de la part des répondant·es. S'ils étaient produits chaque année, ces chiffres et cartes aideraient à suivre l'évolution de nos capacités.

Selon la situation et les besoins, ces informations pourraient circuler dans différents espaces avec différents niveaux de confidentialité. Elles pourraient par exemple aider à planifier et dimensionner des actions de masse, en particulier si elles sont associées à des bases de contacts. Il faudrait alors les diffuser de manière très restreinte. Si une grève générale ou une situation pré-révolutionnaire se présente, les processus de collecte d'informations statistiques déjà constitués aideraient à évaluer combien de temps elle peut être tenue et sous quelles conditions. Dans ce cas, des informations générales pourraient être publiées régulièrement dans des journaux, des tracts ou encore sur des réseaux sociaux, pour informer le débat politique à grande échelle.

D'autres questions pourraient concerner la composition du mouvement :

  • Quelles organisations se reconnaissent du mouvement ?
  • Quelles sont les caractéristiques sociales des membres de ces organisations ? Sont-iels ouvrier·es, cadres, employé·es de bureau, propriétaires, racisé·es, trans, vieilleux, jeunes, ruraux·les, urbain·es ? Savoir qui fait partie du mouvement permettrait de débattre de questions d'inclusivité et de stratégies d'alliance.
  • À quel point les personnes sont-elles prêtes à se déplacer loin pour se rendre à une action de masse ? Ce qui permettrait de dessiner une carte des lieux les plus propices à l'organisation d'actions.
  • Combien de personnes seraient prêtes à être impliqué·es dans quels modes d'action ?

Consolider le mouvement

Jusqu'ici, je me suis exprimé comme s'il existait un mouvement unifié, ce qui est évidemment loin d'ête le cas. Mais je pense que l'organe statistique pourrait accélérer sa stabilisation. C'est à la fois une vertu et un danger de la statistique : elle solidifie la réalité qu'elle décrit.

Premièrement, la création de cet organe permettrait un rapprochement des composantes du mouvement. Il faudrait en réunir le plus grand nombre possible, afin de décider collectivement des chiffres à produire, et avoir l'accord de différents groupes pour fournir des données. Chaque groupe — comités locaux des Soulèvements, de Solidaires, d'Extinction Rébellion, luttes locales — pourrait s'engager à remplir chaque année un questionnaire. Iels pourraient par exemple y signaler les projets nuisibles de leur territoire, décrire les liens qu'iels ont noué avec d'autres organisations et lister les ressources matérielles dont iels disposent. La mise en place de ces procédures et les décisions collectives sur le contenu des questionnaires amènerait probablement à faire converger les objectifs des composantes et à densifier leurs liens.

Deuxièment, cet organe accroîtrait l'engagement des membres et des collectifs. Si dans un questionnaire anonyme je réponds que je peux mettre à disposition mon van dans le Sud de la France, je me sentirai probablement engagé à le fournir. Je sais aussi que lorsqu'on discutera d'actions à mener dans le Sud de la France, on comptera potentiellement sur la disponibilité de mon van, même si on ne sait pas nécessairement que c'est le mien. Le pouvoir qui est produit par ces processus d'écriture ne doit pas être pris à la légère (j'y reviendrai plus tard), mais la possibilité de compter sur des ressources tout en accroissant l'engagement des membres me semble valoir le risque.

S'appuyer sur les pratiques présentes et passées

Tout ce qui précède ne sort pas de mon imagination. Ces possibilités sont déjà présentes dans les mouvements sociaux actuels ou passés, et l'on peut s'appuyer dessus pour construire les procédés dont on aura besoin.

En premier lieu, les ONG (Oxfam, Greenpeace, les Amis de la Terre, Climate Action Network) ont une tradition de production de connaissances assez poussée, qui incluent enquête de terrain, recherches documentaires et manipulation de jeux de données. Leur proposer de contribuer à cet organe statistique permettrait de se rapprocher de ces militant·es, souvent peu présent·es dans les luttes locales.

Deuxièmement, certains de ces savoirs sont déjà mis en oeuvre au sein du mouvement des luttes locales. Terres de luttes a ainsi réalisé avec d'autres organisations 2 rapports employant des méthodes statistiques. Projet local, impact global estime la compatibilité des grands projets d'aménagement actuels avec les objectifs de transition écologique5, et Les David s'organisent contre Goliath fait un état des lieux du mouvement des luttes locales6. De plus, la Déroute des routes, coalition contre les projets routiers, a récemment diffusé à ses plus de 50 collectifs membres un questionnaire similaire à ceux décrits par cet article. Enfin, la grande majorité des luttes locales a probablement déjà produit des documents de contre-expertise. Cela implique souvent de critiquer les chiffres avancés par les entreprises et institutions, et donc de comprendre comment ils sont produits. Il existe donc déjà une grande diversité de savoirs sur laquelle pourrait s'appuyer la création de cet organe.

Plus généralement, il est courant que des personnes et organisations qui défendent des intérêts communs se dotent de processus de collecte d'informations autonomes. Les lobbys du pétrole, de l'agro-industrie, de l'aviation, du transport maritime ne manquent pas d'assembler diagrammes, cartes et textes dans de beaux rapports agrémentés d'images Stock. À l'inverse, dès le début du 20ème siècle en France, en Belgique et en Suisse, les syndicats produisaient leurs propres statistiques. Elles pouvaient concerner l'organisation des sections ou encore les grèves, et nécessitaient parfois de transmettre des questionnaires aux antennes locales.7 Pour bien concevoir cet organe statistique, il y aurait ainsi toute une histoire de la statistique par les mouvements sociaux à revisiter. On pourrait par exemple étudier le contexte de production de l'étude Les Chômeurs de Marienthal, réalisée en 1930 par des militant·es du Parti socialiste autrichien et des syndicalistes 8, l'indice des prix produit par la CGT jusqu'en 1990, ou encore la contre-enquête statistique du mouvement des intermittent·es du spectacle dans les années 2000.9

Profiter du déploiement du mouvement

Outre les savoirs statistiques déjà existants dans le mouvement, plusieurs évolutions au sein des Soulèvements de la terre me font penser que c'est le bon moment pour lancer cette réflexion.

En premier lieu, la naissance de presque 200 comités locaux a ouvert de nouvelles perspectives au sein des Soulèvements, que ce soit en termes tactiques ou d'organisation. Du côté tactique, l'appel à actions décentralisées contre Lafarge et le monde du béton10 diffère d'autres appels passés — comme Agir 17 contre la réintoxication du monde — en ce qu'il s'adresse avant tout aux comités locaux. Il aidera ainsi à éprouver les capacités de mobilisation interne des Soulèvements. Du côté de l'organisation, des changements progressifs semblent être en cours dans la manière de planifier une saison d'actions. Les comités assurent aux Soulèvements un ancrage territorial très large, ce qui permet de nouer des liens plus efficacement avec des luttes locales et ainsi de faire émerger plus de propositions. Toutefois, les décision concernant les saisons restent encore dans les mains de quelques dizaines de personnes.11

Je pense partager avec beaucoup de camarades des comités locaux (j'oserais dire : la majorité) l'idée que les Soulèvements doivent rapidement s'horizontaliser. Ce n'est d'ailleurs pas incompatible avec l'organisation d'actions offensives : Ende Gelände a depuis longtemps séparé les moments annuels de définition des cibles, où tous·tes les membres sont convié·es à participer, des coordinations d'actions. Or, c'est précisément pour soutenir ce genre de rassemblements qu'un organe statistique pourrait s'avérer le plus pertinent. Des brochures sur les capacités des Soulèvements et le suivi des objectifs pourraient être distribuées en amont, puis fournir la base des discussions stratégiques. On pourrait aussi imprimer en grand format les cartes produites pour des sessions de travail en petit groupe. Une fois les cibles définies pour la saison, les données à produire par la suite pourraient être rediscutées collectivement, pour qu'elles suivent les évolutions du mouvement.

De plus, les comités locaux permettraient de mettre en oeuvre très concrètement cet organe statistique. Une grande partie de leur activité consiste déjà à recenser les aménagements qui font l'objet d'oppositions sur leur territoire et à observer les évolutions du foncier. Il suffirait que ce travail soit transmis sous une forme exploitable — un tableur partagé ou un formulaire par exemple — à quelques personnes pour que des synthèses puissent être produites. À part les informations qui demandent des savoirs spécialisés, la plupart de celles listées dans cet article pourraient facilement être recueillies. Cela ne demanderait pas beaucoup de travail, peut-être une réunion tous les 6 mois avec un maximum de membres du comité local. Ce mode de fonctionnement peut paraître rudimentaire, mais c'est de cette manière que les premiers bureaux de statistique nationaux travaillaient.12

Enfin, un groupe d'enquête permanent est en cours de formation aux Soulèvements national, là où auparavant les enquêtes étaient liées à des actions spécifiques. Il permettra de mieux comprendre les acteurs et les infrastructures engagées dans des activités nuisibles (OGM, agrivoltaïsme, béton, etc.), pour mieux identifier les points sensibles de cette activité et donner des pistes d'actions. Il devrait également aider à la production d'argumentaires solides et participer aux repérages tactiques. Je pense qu'on pourrait aussi lui confier la coordination d'une remontée d'informations depuis les comités, idée qui est d'ailleurs revenue à plusieurs reprises au cours d'une discussion sur la création de ce groupe.

Une statistique anti-autoritaire

La statistique est aujourd'hui largement considérée à gauche comme un outil de contrôle au service des dominant·es. À l'origine "science de l'État", elle s'est développée à partir du 17ème siècle pour faciliter le gouvernement de territoires et de populations par les États-Nations. Aujourd'hui, elle est associée au néolibéralisme, au New Public Management et aux métriques de performance au travail. Mais ça n'a pas toujours été le cas : avant les années 2000, elle était aussi vue comme un levier important de critique sociale, permettant d'objectiver la société face aux discours dominants.13

Cette genèse ne doit donc pas nous écarter a priori des méthodes et savoirs statistiques, mais plutôt nous inciter à comprendre précisément ce qui en a fait des instruments d'oppression dans certains cas, et d'émancipation dans d'autres. Par exemple, les bureaux de statistiques nationaux ont traditionnellement produit leurs chiffres selon la hiérarchie suivante :

  1. Le gouvernement décrète les statistiques à produire et alloue les moyens.
  2. Le bureau national de statistiques détermine la méthode.
  3. Les autorités locales, individus ou organisations répondent aux questionnaires.
  4. Le bureau calcule et publie les résultats.
  5. Le gouvernement s'appuie sur les résultats pour justifier des politiques publiques.

Il est évident que l'on ne peut pas transposer cette structure à un mouvement qui se veut démocratique. À l'inverse, on pourrait mettre en place des moments annuels de décision sur les statistiques à produire, sur la méthode employée et les engagements à répondre que prennent les collectifs ou les personnes. Pour éviter la création d'une élite décisionnaire, on pourrait instaurer des rotations et transmissions régulières des membres de l'organe statistique, et garantir qu'iels viennent d'organisations diversifiées.

Ces questions politiques amèneront inévitablement des questions méthodologiques. Par exemple, pour que tout le monde puisse comprendre les méthodes utilisées, on pourrait renoncer à des outils mathématiques trop complexes. Un débat important devra avoir lieu sur la notion de représentativité. En effet, comme il est souvent trop coûteux de faire des enquêtes exhaustives, les statisticien·nes ont souvent recours à un ensemble de méthodes garantissant que l'échantillon sélectionné est "représentatif" d'un territoire, d'une profession, d'un genre, etc. Mais on peut se demander si on a les moyens et le besoin de créer des chiffres représentatifs. Il ne me semble par exemple pas souhaitable d'obliger les membres ou les collectifs du mouvement à participer à une enquête statistique. On peut donc difficilement utiliser des échantillons aléatoires, qui est la méthode la plus courante et la plus fiable.14 De plus, pour les chiffres qui servent à compter nos forces, on pourrait considérer que le fait qu'un collectif réponde signifie qu'il est plus susceptible de mobiliser ses ressources lorsque le mouvement en a besoin. Le chiffre produit ne serait donc pas représentatif de toutes les ressources du mouvement, mais donnerait tout de même une bonne idée de ses capacités de mobilisation.

Il faut également anticiper les formes de répression que l'existence de ces données pourraient engendrer. Cela amènera à des choix sur les outils utilisés, les méthodes de collecte et les espaces de diffusion. On pourrait par exemple poser que les données envoyées à l'organe statistique concerneront toujours des collectifs ou des lieux, jamais des individus. Chaque collecte pourrait être plus ou moins accessible : la liste des sites de Lafarge-Holcim peut être diffusée sans danger, mais celle des lieux volontaires pour accueillir des militant·es devrait être tenue plus secrète.

Enfin, il faudra être attentif·ves à l'homogénéisation que la pratique statistique peut introduire. En effet, le fort développement de la statistique française après la Révolution de 1789 repose sur une vaste entreprise d’uniformisation des territoires : systèmes de mesure, langue, droit, corporations, découpages administratifs, etc. De même, on peut dire aujourd'hui qu'il existe une économie nationale égyptienne parce que l'État a tenté de la mesurer, ce qui a conduit à normaliser les pratiques économiques.15 Il faut donc garder à l'esprit qu'essayer de créer des connaissances générales sur le mouvement peut amener à ignorer voire écraser les spécificités locales.


  1. Comité Caennais des Soulèvements de la Terre. (2023). Reprendre, démanteler, communiser. lessoulevementsdelaterre.org. https://lessoulevementsdelaterre.org/comites/reprendre-demanteler-communiser ↩︎

  2. Comité Rennais des Soulèvements de la Terre. (2023). Appel à constituer des greniers des Soulèvements. https://expansive.info/Appel-a-constituer-des-greniers-des-Soulevements-3998 ↩︎

  3. Comme l'a fait Notre maison brûle pour les risques industriels : https://dangersindustriels.gogocarto.fr/map ↩︎

  4. https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/bassines_779169 ↩︎

  5. Louis, C.-A., & Watier, A. (2022). Projet local, impact global : (In)compatibilité entre les objectifs de transition écologique et la réalité de terrain ? https://terresdeluttes.fr/wp-content/uploads/2022/05/Etude_BLevolution_Projet-local-impact-global.pdf ↩︎

  6. Vacher, K. (2021). Les David s’organisent contre Goliath. État des lieux des mobilisations locales contre les projets inutiles, imposés et polluants en France. https://terresdeluttes.fr/wp-content/uploads/2021/11/Les-David-sorganisent-contre-Goliath.pdf ↩︎

  7. Quelques sources que j'ai à peine parcourues à ce propos : Ochandiano, J.-L. de. (2004). Processus identitaires dans le monde ouvrier (1848-1940).Le cas du Bâtiment de Lyon. Siècles. Cahiers du Centre d’histoire « Espaces et Cultures », 19, Article 19. https://doi.org/10.4000/siecles.2482 ; Perrot, M. (2013). Chapitre I. Les sources de l’histoire des grèves et leur évolution au 19e siècle : Contribution à l’étude de la sociologie empirique. In Les ouvriers en grève. Tome 1 : France 1871-1890 (p. 15‑47). Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales. https://doi.org/10.4000/books.editionsehess.150 ; Vandaele, K. (2010). Les statistiques de grève et leur exploitation. Courrier hebdomadaire du CRISP, 2079(34), 5‑42. https://doi.org/10.3917/cris.2079.0005 ↩︎

  8. https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Ch%C3%B4meurs_de_Marienthal ↩︎

  9. Didier, E., & Tasset, C. (2013). Pour un statactivisme. La quantification comme instrument d’ouverture du possible. Tracés. Revue de Sciences humaines, 24, Article 24. https://doi.org/10.4000/traces.5660 ↩︎

  10. Les Soulèvements de la Terre. (2023, novembre 5). Appel international à des journées d’actions contre Lafarge et le monde du béton. Topophile. https://topophile.net/savoir/appel-international-a-des-journees-dactions-contre-lafarge-et-le-monde-du-beton/ ↩︎

  11. À défaut de trouver en ligne les textes diffusés en interne à propos des processus de décision, je peux relayer le cri d'insatisfaction d'un·e camarade anonyme : Anamas Pamous. (2023). Le son et l’amplitude. Lettre ouverte aux Soulèvements de la terre. lundimatin. https://lundi.am/Le-son-et-l-amplitude-Lettre-ouverte-aux-Soulevements-de-la-terre ↩︎

  12. Desrosières, A. (2010). La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique. La Découverte. ↩︎

  13. Desrosières, A. (2014). Prouver et gouverner. Une analyse politique des statistiques publiques. La Découverte. https://www.cairn.info/prouver-et-gouverner--9782707178954-p-31.htm ↩︎

  14. À noter que le rapport de Terres de luttes sur les luttes locales a été confronté au même problème. Les enquêteur·rices ont utilisé une méthode par "panachage", qui consiste à s'assurer que les collectifs répondants sont les plus diversifiés possibles. ↩︎

  15. Desrosières, A. (2010). La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique. La Découverte. ↩︎


Chroniques Françaises

Nous re-publions ce texte écrit au début du mouvement des Gilets Jaunes par Toni Negri, disparu récemment. Toni Negri était un militant infatigable et un philosophe politique de premier plan. Il a beaucoup contribué à l'animation du courant opéraïste. Ce texte illustre la constance des positions de ce "maestro" dans la lutte de classe.

Toni Negri en soutien d'une occupation de logements

Le prince Macron a enfin parlé. Il a exprimé son horreur de la violence, a bavardé sur la misère du pauvre peuple français et la souffrance des familles (un bavardage qualifié par mon voisin de « digne de Vichy! ») et a finalement achevé son discours condescendant en promettant trois ou quatre choses censées apaiser ces souffrances en 2019 : une augmentation du SMIC de 100 euros, l’abandon de la taxation des heures supplémentaires, et la suspension des augmentations prévues sur la taxation de la soi-disant « contribution de solidarité » pour les retraites les plus basses. Pour finir, cerise sur le gâteau : il a invité les patrons d'entreprise à faire un cadeau aux travailleur.euse.s pour la fin de l’année (1) !

Que tout cela soit dérisoire, relève de l’évidence. Ce qui est plus grave, c’est que le souverain n’a pas pris la mesure de la profonde fracture sociale, de la densité de la fracture territoriale et de l’irrécupérable fracture politique que constitue l’émergence des « gilets jaunes ». La réponse de ces derniers a évidemment été négative, dédaigneuse, railleuse, aussi dure que leur réponse sur les « violences » : « Tu n'as pas compris que seule notre violence t’a obligé à nous parler aujourd'hui, pendant que tu cherches une solution aux problèmes que nous avons soulevés ! »

Voilà l’essentiel. Que pouvons-nous encore lire entre les lignes ? En premier lieu ceci : Macron n’a presque rien concédé, mais le peu qu’il a accordé est intéressant. Il augmente le SMIC : c’est la première fois que cela arrive sans demande explicite de la part des syndicats, mais « simplement » en réponse à une pression sociale. Le terrain contractuel avec la force de travail — Macron le reconnaît — s’est déplacé de l’usine à la société, du salaire au pouvoir d’achat. En second lieu, presque accidentellement, Macron admet ce qu'il a toujours nié, à savoir que le système représentatif ne fonctionne plus en tant que système de médiation entre l’autorité et la société, entre l’État et les citoyen.ne.s. Il concède donc après cette vague de luttes, que le débat doit être prolongé en une série de discussions générales (sur la fiscalité, la santé, etc...), mais surtout, il renvoie à la médiation sociale des maires. C'est un appel aux traditions « fédéralistes » de la République, toujours refoulées, mais maintenant ressuscitées pour des raisons de nécessité.

Insistons encore sur ce point. Macron doit ouvrir un volet social. Il comprend qu’il ne suffit plus de développer son discours sur le terrain institutionnel et d’y chercher une médiation. Pourtant, il introduit à côté du sujet du salaire minimum celui de la multiplication des instances de médiation sociale et le recours au municipalisme, au travail des maires. Il est clair que c’est ici la confusion qui parle. Car c’est ce que la propagande institutionnelle de l'État français, ainsi que la politique de droite comme de gauche, ont toujours refusé, elles qui sont prêtes à s’ouvrir aux thématiques référendaires et/ou font allusion à la possibilité d'une dissolution et d’un renouvellement des chambres. Ce qui, en revanche, ne relève pas de la confusion, c’est l’ouverture de Macron sur le salaire comme élément central du volet social. Elle représente un glissement essentiel pour comprendre la situation actuelle. Les « gilets jaunes » se sont mis en mouvement parce qu'ils ont faim, parce qu'ils veulent de l’argent, parce que le problème du salaire — et d'un salaire social —est fondamental. Le financier Macron déchire ainsi le voile d’Isis : le discours se porte sur le coût de la force de travail, sur le poids de la propriété (il ne veut pas céder sur l’ISF), et masque difficilement cette urgence du commun qu’il entend venir, de même que l'interclassisme des « gilets jaunes » masque dorénavant difficilement la lutte des classes. De même, enfin, que ne tarderont pas à s’afficher officiellement les intimidations néolibérales adressées par l'UE à la France pour que sa dette ne s’élève pas au-delà des 3%. Ça aussi, Macron le sent venir.

Dans tous les cas, c’est en direction de ce brouillage de la représentativité, nécessaire selon Macron pour restaurer le fonctionnement des institutions, qu’il nous faut regarder. Comme nous l’avons vu, ce sont les maires qui sont désignés pour combler le vide apparent de la médiation sociale. Mais ici, de manière tout à fait banale, on retrouve la critique de l'économie politique : comment les maires pourront-ils soutenir cet engagement alors que les communes ont été privées par les législations néolibérales de toute contribution financière et ont été appauvries par l'abolition de la taxe d’habitation ? En tout cas, la question du dépassement de la Cinquième République commence à se poser d'une manière ou d’une autre. Sans doute pas cependant dans un horizon fédéraliste (qui semble ici n’être qu’une bouée de sauvetage), mais plutôt, comme je le crois, dans une perspective autoritaire. Il s'agit de réorganiser le peuple par le pouvoir ; Macron veut réinventer son peuple dans ce moment de crise profonde du programme néolibéral.

Nous avons cependant vu que la résistance à cet égard est difficilement surmontable. Il est plus que probable que la multitude qui s'est jusqu'ici exprimée sous des formes désordonnées mais cohérentes dans sa tentative de réappropriation du pouvoir constituant refuse de redevenir le peuple de Macron. La lutte est ouverte. Personne en ce moment ne peut dire si cette multitude, et non ce peuple, est prête à se représenter comme classe. Macron le suspecte, il le craint, et l'imagine comme le véritable danger. Sa réponse économique (de financier), son point de vue « social » (de patron) semblent reconnaître avec réalisme que c’est là le terrain sur lequel se développera la confrontation.

Dans les semaines qui ont précédé le 8 décembre, le quatrième samedi de luttes, on a assisté, dans le silence de Macron, au déploiement d'un énorme système répressif. La campagne contre les violences de la « troisième journée » (le 1er décembre), où l’on a vu la police encerclée et incapable de sortir de l’Étoile, tandis que la présence des « gilets jaunes » se diffusaient partout dans la métropole, a été féroce. L’indignation du pouvoir face à la violence politique des subalternes atteint toujours des sommets. Évidemment, il ne s’agit pas de poser le problème que tous les experts des mouvements (et de la répression des mouvements sociaux) se posent en Europe : comment désamorcer le mouvement, au lieu de le réprimer. En France, vu le rapport heureux qui a toujours lié les gouvernements (plus ou moins social-démocrates) aux syndicats, lesquels, de leur côté, ont toujours plus ou moins coopéré, la police n’a jamais été confrontée au problème de devoir contrôler une activité autonome de masse. Les « gilets jaunes » l’ont rendu folle. À ce jour, la si vantée (par les macronistes ou autres) réorganisation de la police pour la « quatrième journée» (le 8 décembre) ne semble pas vraiment avoir résolu ce problème. Au lieu de l'écoute et de la division dans/contre le mouvement, la police a une fois de plus opté pour des mesures de prévention odieuses qui ont mené des milliers de gens en prison et, par la suite, a cherché des affrontements diffus qui n'ont fait qu’augmenter les espaces investis par la lutte et la haine (mais aussi le mépris) en réponse à cette utilisation aveugle de la force. Toujours dans la période de préparation de la quatrième journée de protestation, s'est aussi développée une campagne politique pathétique dans laquelle le gouvernement cherchait la reconduction de la « représentation » entre les « gilets jaunes », en opposant les « bons » et les « modérés » ouverts à la négociation, aux « mauvais »... c’est-à-dire à la grande majorité du mouvement, à la multitude des « gilets jaunes ». Puis on a assisté à des provocations particulièrement mesquines, et malheureusement efficaces, comme la dénonciation, de la part de la droite fasciste, du Global Compact de Marrakech : « Au sujet des migrations, disaient les fake news, Macron vend la France à l'ONU et il permet ainsi aux pays africains d'envahir la France ».

Puis il a y eu, de la part de Macron, la suppression de la taxe sur le carburant, taxe d’où tout était parti : cette suppression n’a suscité que l’ironie, un rejet violent et spectaculaire chez les « gilets jaunes ».

Il faut également noter que dans cette période — et cela est extrêmement important — se sont rouvertes les luttes étudiantes et féministes — la manifestation féministe du 24 novembre dernier a été caractérisée par une participation historique. Les fronts de protestation contre Macron sont donc en train de se multiplier et de se stratifier. Les foyers de luttes se renforcent. Et sur ces terrains, la répression est elle aussi forte.

Il est important de souligner pour le moment que la réflexion critique sur l’économie proposée par les « gilets jaunes » et imposée au gouvernement, ainsi que la multiplication des initiatives de la part des étudiant.e.s et des féministes commencent à constituer, non pas un pôle, mais un « point de vue de gauche » sur cette situation chaotique. Étant donné la faiblesse de ces forces dans le cadre général, il est difficile de penser qu'elles puissent construire rapidement une polarité attractive. Et pourtant quelque chose se passe.

(Il est cependant probable que cette première accumulation d’une polarité à gauche conduise à l’accélération d’un processus de formation politique des « gilets jaunes ». C’est-à-dire à quelque chose de similaire au mouvement italien Cinq Étoiles. La situation est confuse, mais il est clair que si une poussée vers la gauche devait s’affirmer, le pouvoir ouvrirait les portes à l'organisation d'un pôle populiste qui proposerait une issue souverainiste à la crise actuelle. Mais c’est là l’objet d’autres réflexions.)

Le 11 décembre 2018 -- Publié initialement sur Euronomade et traduit en 2018 par la Plateforme d'Enquêtes Militante.


Grève des livreurs à Londres - Un bulletin de grève

À l'occasion d'un événement que nous organisons avec des camarades de Notes from Below le 11 février à Montreuil, nous traduisons et relayons un bulletin de grève. Ce bulletin de grève traite d'une grève des livreurs de nourriture en cours au Royaume-Uni commencée vendredi 2 février. La forme du bulletin de grève nous semble particulièrement intéressante comme outil de politique de construction des mobilisation.

La semaine dernière des milliers de livreurs de nourriture étaient en grève pour des augmentations dans plusieurs villes à travers le Royaume-Uni. Le texte qui suit est un bulletin de grève distribué par des soutiens. Une version imprimable sera disponible en plusieurs langues.

Bilans de la première grève

Le vendredi 2 février des milliers de livreurs de nourriture qui demandent une augmentation ont entamé une grève contre toutes les applications dans plus de 90 zones à Londres, Brighton, Liverpool, Bath et Glasgow.

La grève demandait une augmentation. En 2017, Deliveroo payait un minimum de £4 par course. Maintenant le minimum est de £3.15 pour les scooters et £2.80 pour les vélos. Cela représente une baisse de 40% de la paye réelle. Uber Eats a opéré des coupes similaires. C’était la plus grande grève jamais faite dans la livraison de nourriture au Royaume-Uni. Elle a ébranlé le management de ces applications.

Dans de nombreuses zones, les livreurs se sont concentrés localement et ont organisé des piquets pour fermer les dark kitchens et les restaurants clés. Dans certaines zones, les grévistes ont eu à faire face à beaucoup de livreurs qui brisaient la grève et essayaient de prendre leur travail. Dans d’autres zones, il était facile de convaincre chaque livreur de rejoindre la grève. Dans des zones où les livreurs étaient en mesure d’organiser une forte grève, cela a eu un gros impact - comme on a pu le voir avec les consommateurs qui se plaignaient en ligne et les commandes qui s'accumulaient dans les restaurants. Dans d’autres zones encore, non seulement les grévistes ont organisé des piquets mais les livreurs se sont rassemblés et ont organisé des cortèges à moto. Certains ont profité de ces cortèges pour répandre la grève dans de nouveaux secteurs.

La grève a aussi rassemblé des livreurs issus de différentes communautés ce qui n’était pas arrivé dans une telle proportion auparavant. Cela a constitué une étape importante pour nous renforcer. Deliveroo, Uber Eats, Just Eat et Stuart essaieront tous de dire que cette grève ne les a pas affectés pour nous démoraliser. Mais alors pourquoi ont-ils envoyé des messages de panique dans les restaurants à propos de la grève ? Pourquoi ont-ils énormément augmenté les primes pour le travail de nuit ?

Nous pensons qu’il est vraiment important de partager des informations sur ce qu’il est en train de se passer dans chacune des zones pour que nous soyons les plus efficaces possibles. Nous avons donc collecté des récits de livreurs dans plusieurs zones.

Earls Court

Je viens de commencer à travailler dans la zone. Je travaillais à Camden avant. J’ai rejoint le groupe de livreurs près du McDonalds. J’ai pris d’abord contact avec les Indiens. Au début, ils ne savaient pas quoi dire mais ensuite, ils ont dit qu’ils feraient grève. Mais ils ne parlaient pas avec les Brésiliens. Ils m’ont demandé de leur parler puisqu’ils ne savaient pas s’ils allaient faire grève. Je suis allé leur demander. Un des gars venait de se prendre une amende de stationnement de 85 £ et il était énervé du coup, il a dit que non. Et puis, on a vu les prix monter sur Deliveroo et ça nous a enthousiasmé. Alors, on a commencé à travailler comme un groupe et quand les autres livreurs arrivaient, on les persuadait de se mettre en grève. Certains membres de notre groupe ont été un peu rudes avec les briseurs de grève, mais la plupart d'entre nous se sont montrés amicaux. Nous avons dit qu'il y avait des milliers de chauffeurs en grève en ce moment à Londres, et que vous devriez nous rejoindre. Nous avons ajouté des personnes au groupe Whatsapp. Puis nous avons appris que d'autres zones étaient en grève. Puis 150 motos sont venues bloquer la route et nous avons fait le tour. Tout le monde est très enthousiaste à l'idée d'une nouvelle grève.

Nous savons que les entreprises sont très inquiètes car nous avons vu de faux comptes sur des groupes sur les réseaux sociaux qui essayaient de nous démoraliser. Mais on pouvait voir qu’ils étaient faux : quand je sors parler aux vrais gens, ils disent qu’ils veulent faire la grève tout le week-end.

J’ai fait ce métier pendant 6 ans. Le tarif était de £3.15 pour faire de très courts trajets où l’on pouvait quasiment marcher. Maintenant il faut faire 3 à 5 km pour gagner les £3.15. Ils disent que c’est l’algorithme, que c’est de sa faute, mais il y a bien quelqu’un qui l’a fait cet algorithme. Ils vous disent de refuser une course si vous ne la voulez pas mais si vous en refusez trop, il y a quelque chose de caché dans l’algorithme qui vous bloque pendant 30 minutes. Ensuite l’appli dit qu’ils ont besoin d’embaucher plus de livreurs parce qu’il n’y a pas assez de monde pour faire le travail ! Ce sont toutes ces raisons qui nous ont fait nous mettre en grève.

Whitechapel

20 livreurs bengalis et brésiliens ont fait fermer la dark kitchen ‘Editions’ à l’Assembly Passage à Whitechapel. D’autres livreurs ont aussi fermé une autre dark kitchen dans la zone et des restaurants voisins. Très peu de livreurs sont venus pour prendre les commandes, et ceux qui sont venus n’ont pas pu les prendre. Les livreurs disent qu’ils pensent que Deliveroo a perdu environ £30 000 à cause de la grève simplement à Editions, en se basant sur le nombre habituel de commandes en une soirée. J’ai demandé à tout le monde s’ils pensaient qu’une grève serait suffisante et s’ils seraient prêts à en faire plus. Les avis étaient partagés. Beaucoup de livreurs disaient qu’ils voulaient faire grève quelques jours supplémentaires, si l’on ne gagnait pas après le premier jour. Après quelques heures, des livreurs ont rejoint d’autres groupes qui tenaient des piquets de grève sur d’autres sites et conduisaient en groupe : c’était une bonne manière de se booster le moral.

Forest Hill

20 livreurs tenaient un piquet à la dark kitchen ‘Editions’ de Forest Hill. Quand plus de livreurs sont arrivés à la cuisine et ont appris pour la grève, la plupart a arrêté le travail et rejoint la grève. Seuls quelques-uns ont essayé de prendre des commandes et peu de temps après, le manager a désactivé l'application. Rien n'est entré ou sorti pendant des heures. La plupart des chauffeurs conviennent qu'une augmentation de salaire ne sera pas obtenue en une seule grève ; ils sont prêts pour une campagne plus longue. Quelques jours après la grève, les livraisons semblent être payées plus cher qu'auparavant. Les tarifs ont été légèrement revus à la hausse.

Nous allons publier d'autres bulletins de ce type et nous souhaitons partager des informations provenant de différentes régions. Envoyez-nous un message ou une note vocale sur whatsapp avec des informations de votre secteur +447598260453.

Comment gagner la grève ?

Nous avons parlé avec beaucoup de livreur sur la manière dont on peut obtenir l’augmentation qu’on mérite : voici nos idées sur ce qu’il faut faire.

La grève encore et encore jusqu’à la victoire

Il faut toujours plus d’un jour de grève pour gagner, après la grève de vendredi dernier, les managers sur les applications seront inquiets. Ils ont perdu beaucoup d’argent, mais ça va leur prendre du temps de trouver quoi faire. Depuis la grève, les managers sont très occupés à se réunir et à parler entre eux. Ils se demanderont s'il faut s'inquiéter sérieusement ou non. Des grèves de ce type ont déjà eu lieu à Londres, mais elles n'ont duré qu'une journée et se sont ensuite éteintes. Les managers vont probablement penser que ce sera pareil cette fois-ci. Ils ont beaucoup d’argent à la banque et peuvent résister à quelques grèves. Mais ce qui les inquiète, c’est que ces grèves continuent à se produire et qu’elles grossissent. C’est donc ça qu’on doit faire. Nous devons nous préparer à des grèves régulières et continues jusqu’à ce que les managers soit forcés d’écouter. Le slogan de nombreuses grèves réussies a été "nous faisons grève jusqu'à ce que nous gagnions !" Nous devons convaincre tous les conducteurs de le faire avec nous. Donc, si vous êtes d'accord, parlez à autant de conducteurs que possible de la nécessité de poursuivre la grève.

Grossir les rangs de la grève

Si nous pouvons faire grossir les grèves, cela coûtera plus d’argent aux applications et cela leur fera plus peur. Plus la grève est grande, moins il y aura besoin de faire grève longtemps avant de gagner. Cela peut prendre un certain temps pour que la grève prenne de l'ampleur - nous devons nous rendre dans de nombreuses zones qui n'ont pas fait grève la semaine dernière et les convaincre de s'impliquer. Si nous acceptons de faire des grèves régulières une fois par semaine au cours des prochaines semaines, cela peut inciter les chauffeurs de nombreuses autres régions à s'impliquer. Il y a deux ans, de grandes grèves de coursiers ont eu lieu dans le nord de l'Angleterre. Ces grèves ont été lancées par des livreurs de Sheffield, membres du syndicat IWGB. Ils ont fait grève plusieurs jours par semaine et, entre les grèves, ils sont allés travailler dans différentes villes pour parler aux gens. Grâce à leur travail acharné, la grève s'est étendue à dix villes. Nous devons étendre la grève à tous les quartiers de Londres et à d'autres villes. Alors, si vous êtes d'accord, assurez-vous que votre zone est en grève, puis essayez d'aller travailler dans une zone voisine quelques jours cette semaine pour parler aux gens. Ou alors, réunissez un groupe de personnes du secteur où vous travaillez normalement et allez ensemble parler aux gens de différents secteurs pour qu'ils se joignent à la grève.

Garder le moral et communiquer régulièrement avec les autres livreurs

Beaucoup de livreurs dans votre zone ne sauront pas grand-chose de ce qu’il se passe. Nous devons nous assurer qu’ils comprennent bien les choses, sinon ils seront rapidement déboussolés et démoralisés et ne continueront pas à se joindre aux grèves. Créez un groupe Whatsapp local s'il n'y en a pas déjà un et demandez à tous les livreurs de votre zone de le rejoindre, ainsi que les grands groupes de la ville. Partagez des infos régulièrement sur ce qui se passe dans les différentes parties de la ville, afin que tout le monde puisse voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Réunissez-vous face à face et discutez ensemble de ce qui se passe, de ce qui fonctionne bien dans la grève et de ce qui doit être fait pour l'améliorer.

Se coordonner au-delà de notre zone

Les gens qui ont appelé à la grève vendredi ont fait du très bon travail. Mais ils ne sont qu'un petit nombre de personnes et il y a beaucoup de travail à faire pour eux seuls. Nous devons tous les aider. Chaque groupe de livreurs dans chaque petite zone devrait élire des capitaines pour assurer la coordination avec les autres zones. Les capitaines peuvent se réunir et convenir de plans pour les grèves à venir, et peuvent également coordonner des visites dans de nouvelles zones pour les rallier à leur cause.

Qu'en pensez-vous ? Si vous avez des idées pour gagner la grève, envoyez-les nous à +447598260453.


Discussion : Enquête Militante, Grève et Composition de classe au Royaume-Uni

Rendez-vous dimanche 11 février à 18h à la librairie Michèle Firk pour une discussion avec deux éditeur·ices de la revue Notes from Below !

Strike reçoit deux éditeur·ices de la revue d'enquête ouvrière britannique Notes from Below. Ce sera l'occasion de revenir sur le travail de la revue mais aussi sur les mouvements de grève qui ont traversé le Royaume-Uni depuis 2022.

⚠️ Les interventions se feront en anglais sans traduction simultanée. Nous prévoyons cependant un dispositif d'interprétation de sorte à préserver à la fois la qualité des interventions et la compréhension.

Notes from Below est une publication qui se réclame du socialisme, c'est-à-dire de l'auto-émancipation de la classe ouvrière par rapport au capitalisme et à l'État. À cette fin, elle utilise la méthode de l'enquête ouvrière.

Elle publie des Enquêtes qui impliquent une recherche originale sur la composition des classes ; des Bulletins écrits pour et par des travailleurs et des militants ; de la Théorie, c'est-à-dire des perspectives sur la lutte de classe à partir des parties les plus avancées et les plus pertinentes du débat théorique, ou des articles sur le co-développement historique de la lutte des classes et de l'exploitation capitaliste.